Concert Grandaddy + Guest à Villeurbanne le 6 juin 2017

6 mardi juin 2017

20h00

Transbordeur Transbordeur

34.00 €

Zoom sur l'artiste

Plus d'infos sur le concert Grandaddy + Guest à Villeurbanne

Jason Lytle n'a pas de souvenirs nets du moment où il a décidé de composer un nouvel album Grandaddy, le premier depuis 2006. À vrai dire, il n'est même pas sûr de l'avoir vraiment décidé. « Ce n'était pas clair », explique le chanteur, musicien et auteur-compositeur américain. « Je me suis laissé porter par le projet, tout simplement parce que j'étais intrigué par l'idée d'un nouvel opus Grandaddy. J'ai été prudent. »

Lytle a ainsi renoué avec l'univers de Grandaddy et l'essai s'est avéré gagnant. Last Place, le cinquième album du groupe originaire de Modesto en Californie, va faire vibrer plus d'un de ses fans. Incisif, humain, troublant, fantastique et d'une grande beauté, c'est un condensé de tout ce qui a forgé la légende Grandaddy avant le split de 2006. Lytle a certes erré quelques années mais il a trouvé sa voie.

Grandaddy voit le jour en 1992 et se compose dès trois ans plus tard du noyau dur Jason Lytle (chant, guitare), Jim Fairchild (guitare), Aaron Burtch (batterie), Kevin Garcia (basse) et Tim Dryden (claviers). Après une série de cassettes autoproduites, le quintet de Modesto fait ses débuts officiels en 1997 avec Under the Western Freeway, suivi en 2000 du monumental The Sophtware Slump. Salué par la critique, ce dernier évoque tour à tour la nature et la technologie, le progrès et la nostalgie, et s'interroge sur les manières d'avancer dans ce monde déroutant. C'est de la pure pop symphonique à petit budget, comme si quelqu'un avait voulu construire le vaisseau d'Electric Light Orchestra à partir d'un tas de ferraille. Ce mélange atypique de sons organiques et électroniques, Lytle le décrit comme « une tentative de retrouver la magie distillée dans la musique que j'écoutais quand j'avais huit ans. » Et sa douce voix mélancolique évoque le genre de tristesse profonde qui rend curieusement heureux.

David Bowie, Guy Garvey, Graham Coxon, Beck et tant d'autres ont succombé aux mélodies lancinantes de The Sophtware Slump. Sumday (2003) et Just Like the Fambly Cat (2006) le succèderont, Jason Lytle décidant ensuite de mettre fin à l'aventure. Féru des grands espaces, ce solitaire commençait à accuser le coup des longues tournées qui le laissaient « érodé, pitoyable, un vrai fantôme », pour reprendre ses mots. « Se reconstruire prend un certain temps. J'étais au bout du rouleau. Je ne pouvais plus suivre le rythme. La décision d'arrêter n'a pas été difficile à prendre. Nous avions poussé l'aventure aussi loin que nous le pouvions et j'avais sérieusement besoin de prendre le large. »

Lytle a retrouvé la nature sauvage du Montana où il a composé deux albums solo encensés par la critique : Yours Truly, the Commuter (2009) et Dept. of Disappearance (2012) ; Grandaddy était alors un lointain souvenir. Plein air, vélo, ski et running achèveront de lui redonner goût à la composition. « J'avais besoin d'espace », explique-t-il. « J'avais peur de perdre toute ma passion pour la musique, qu'elle soit polluée par tout ce qui gravitait autour. »

La reformation de Grandaddy pour une série de concerts en 2012 lui a été suggérée par son manager et par Jim Fairchild. Convaincre Lytle n'a pas été une mince affaire mais, étonnamment, il n'a pas regretté cette décision. Non seulement les nouvelles technologies amélioraient de façon remarquable le son des Californiens depuis l'époque « claviers à deux sous qui plantaient tout le temps et amplis toujours sur le point d'exploser » mais, aussi, le programme s'était nettement allégé. Il s'est alors rendu compte qu'il pouvait composer un nouvel album sans devoir s'astreindre à une tournée interminable. « Tout le monde se demandait comment ça allait se passer, mais c'était vraiment super ! », explique Lytle, avant de souligner que « les règles ont quelque peu changé. »

Last Place a été écrit et enregistré ces dernières années entre le Montana, Portland et Modesto, la ville natale du compositeur. Le retour en Californie était autant nécessaire (il avait besoin d'être avec les autres membres du groupe) qu'approprié : « J'ai réussi à me relever. » C'est seulement au moment où l'album a commencé à prendre forme qu'il a annoncé la nouvelle aux autres membres du groupe et qu'il leur a proposé de jouer, les batteries de Burtch étant une composante essentielle. Il ne pouvait pas se presser. Il avait besoin de déployer sa créativité jusqu'à trouver l'alchimie parfaite pour un nouveau disque de Grandaddy : « La juste dose d'expériences personnelles, d'évasion, d'électronique et d'acoustique. La gamme complète. »

La plupart des chansons sont teintées de l'aventure au long cours qui a pris fin à Portland. Le thème de la perte est présent dans la plaintive The Boat Is in the Barn avec ses sonorités pink floydiennes, l'acoustique Songbird's Son et la déchirante This Is The Part aux intenses notes soft rock : « Where there was love now there's some other stuff/Where there was peace you know I will not be. » La misanthropie indifférente de I Don't Wanna Live Here Anymore, qu'il a composée deux semaines après son arrivée à Portland, est « on ne peut plus autobiographique ».

« Tous les albums de Grandaddy évoquent la notion d'échec relationnel », selon Lytle. « J'ai essayé d'être normal. J'ai essayé de faire les choses à votre manière, mais j'ai encore échoué donc maintenant je vais me réfugier dans un univers imaginaire. »

Lytle a toujours été attiré par les balades construites comme des histoires courtes à fendre l'âme, cachant ses histoires personnelles derrière des concepts de science-fiction, à l'image d'une rencontre entre Raymond Carver et Ray Bradbury. Il veut porter un regard oblique sur les endroits intermédiaires de l'Ouest américain - les centres commerciaux, les parkings, les bureaux climatisés et les lacs asséchés - pour trouver la magie dans l'ordinaire. Aussi éloquent que Now It's On de l'album Sumday, le titre Way We Won't transcrit une rêverie mélancolique dans un décor de banlieue ; l'histoire d'un couple qui vit sur le toit d'un grand magasin, trouvant refuge dans « les parfums tropicaux et les effluves de rentrée » du local. « C'est une manière légère de faire face à cette relation qui n'a plus d'avenir », nous explique Lytle.

Jed the 4th est la suite de la cyber-balade Jed the Humanoid tirée du disque The Sophtware Slump, l'une des chansons préférées des fans. Jed, un robot maltraité qui boit à n'en plus finir, incarne, au fond, les démons de Lytle. « You know it's all a metaphor for being drunk and on the floor » chante Lytle, brisant le quatrième mur.

Sur la magnifique A Lost Machine, des gens errent dans un canyon et s'abritent dans une salle de roller à la suite d'une mystérieuse catastrophe qui a dévasté les petits villages de l'Amérique rurale. « C'est avec cette chanson que j'ai vraiment senti que je bossais sur un album de Grandaddy », raconte Lytle. « Elle a pris forme en très peu de temps et j'ai senti que tout revenait. J'ai pu construire le reste de l'album autour d'elle. Ça a été mon ancre. » Sous cet éclairage, le nom de l'album devient plus sombre, presque apocalyptique.

Il y a dix ans, Lytle voyait seulement ce qui était stressant dans sa participation à Grandaddy. Rempli de balades sur ce qui a été perdu et ce qui peut encore être sauvé, Last Place a émergé alors que Lytle renouait avec la dimension extraordinaire de Grandaddy. Ce retour est durement gagné et bien mérité.

« Ce processus a été long, laborieux, et constamment mis en péril par la dépression et par toutes les pépins qui me sont arrivés, mais ce qui m'a permis de tenir le coup, ça a été d'imaginer la réaction des gens qui apprécient vraiment notre musique », annonce Lytle. « Ça s'apparente presque à une étude sur ce que Grandaddy représente pour moi et sur ce que nous avons représenté pour d'autres personnes au fil des ans. » Un sourire mélancolique se lit sur son visage. « Ça m'a pris du temps de me remettre sur pied. »

Dorian Lynskey

Annonce e-flyer